Sexey-les-Bois, une histoire

 

Aux confins du pays toulois, Sexey-les-bois est situé à l’orée de la forêt de Haye, d’où certainement son nom.

On découvre ses toits rouges à longues pentes en arrivant par Velaine-en-Haye. On peut aussi escalader le plateau en passant par Fontenoy et en empruntant une petite route très champêtre.

Devant le village, au croisement des routes, se trouve un calvaire en pierre, entouré de quatre tilleuls centenaires. On y trouve également le cimetière, construit vers 1842, et le monument aux morts édifié après la guerre de 1914-1918.
De cet endroit, qui est le point culminant à 269 m d’altitude, on embrasse un vaste panorama vers le Mont-Saint-Michel et les côtes. Par beau temps, on voit même la butte de Montsec.

A l’écart des grands courants de circulation, le village est resté typiquement lorrain.
Il est constitué par une rue principale, sur laquelle vient se greffer, vers le milieu, une rue secondaire. Dans l’angle se trouvent l’église et la mairie-école avec sa cour de récréation. Une rue traversière, appelée le Mouti, contourne les deux édifices.

On remarque l’alignement jointif des maisons, avec les énormes portes de grange, pour laisser entrer les grosses charrettes de foin, car on est dans un pays de grosse culture.
Les maisons sont profondes, comprenant d’un côté du couloir central une pièce devant, une pièce sans fenêtre au milieu et une pièce derrière, et, de l’autre côté du couloir, la grange et les écuries. Derrière la maison se trouvent la chambre à four et les réserves à grains, puis le jardin donnant sur un chemin qui fait le tour du village. Au-delà du chemin, les vergers remplacement maintenant les chènevières où jadis on cultivait le chanvre.

Entre la rue et la façade se trouve cet espace traditionnel et essentiel de la rue du village, le parge ou l’usoir ; mais, à Sexey, on en ignore le nom et on dit tout simplement : devant la maison. Il n’y a pas si longtemps, avant la dernière guerre, cet emplacement était encombré par le fumier, les tas de bois et les machines agricoles. C’est là aussi que se tenaient les couarails pendant les longues soirées d’été (à Sexey, on prononce couareuil).

La mairie-école fut édifiée en 1850 à l’emplacement d’un bâtiment certainement étroit et vétuste à l’époque, et qui fut démoli. La surface complémentaire du terrain fut prise sur la place se trouvant entre l’ancienne maison et le puits. Par la même occasion, un mur de clôture fut construit pour séparer le vieux cimetière, blotti autour de l’église, du passage conduisant à celle-ci.

Vers 1865, une nouvelle école destinée aux filles fut construite en bas du village sur l’emplacement d’un aigayoir qui fut asséché.
Les aigayoirs étaient des sortes de grandes mares recevant les eaux de ruissellement des rues et dans lesquels on baignait le bétail. La commune en possédait deux : celui en question et un autre au lieu-dit « Au Breuillot » à l’extrémité de la rue de la Commanderie.
Cette rue ainsi nommée parce qu’il devait y avoir dans les temps très reculés un poste de commandement de l’ordre des Templiers qui tirait bénéfice du village. Cet ordre fut supprimé en 1312 par Philippe le Bel et leurs temples détruits. La légende courant à Sexey veut que trois cloches d’or se trouvent enfouies sous les ruines.

La plupart des maisons, dans le vieux village, datent du XVIIIème siècle.

L’église est récente. Construite en 1951, elle remplace un édifice ancien ayant été dynamité par les Allemands dans les combats de la libération en 1944 pour éviter qu’il ne serve de point de repère balistique. Cette nouvelle église inspirée de l’art architectural du haut Moyen-âge s’intègre parfaitement bien dans le site. Le clocher, trapu et carré, coiffé d’un toit à quatre pentes à faible pente, fait penser à une construction mérovingienne. Les parements en pierre de taille apparente, utilisés pour le soubassement de l’église et le portail, ainsi que pour les arcs mitrés des fenêtres, sont du plus bel effet. A l’intérieur, on peut admirer, au croisement de la nef principale et du transept, une remarquable et originale charpente en bois, soutenue par des arcs en ogive, en pierre. Le tympan du portail est orné d’une jolie statue en bois, représentant la Vierge et sculptée dans une poutre en chêne provenant de la vieille église.

L’origine du village se perd dans la nuit des temps, son nom aurait été, à l’époque gallo-romaine, de « Sessiacum sylva » (sis dans la forêt).

En 1596, une lettre patente du duc Charles III autorise « les manants de Sexey oultre les Bois » à prélever les affouages et leur donne liberté pour la pâture du bétail.
On lit, dans « l’état du temporel » de 1708 : la paroisse de Sexey-aux-bois, (anciennement Sexey-lès-Velaine et Sexey-lès-Gondreville)est composée de ce village et de celui d’Aingeray. Elle est du Grand Archidiaconé de Toul. Quant à la seigneurie, Sexey dépend du comté de Fontenoy. La communauté est composée de 36 ménages.
Trois individus de Sexey furent brûlés comme sorciers vers la fin du XVIème siècle. Il s’agit de Jean Maulry en 1558, de François Perrin dit le diable et de Hannix Martin en 1596.
A la lisière de la forêt se trouve une croix en pierre, appelée « croix Jean Deni », du nom du chef d’une famille composée du père, de la mère et de trois enfants qui moururent là de la peste en 1931, exilés du village.

En 1905, la population était de 400 habitants. L’activité principale était le travail dans la forêt. Les bûcherons – les « bocquillons » – partaient parfois pour une semaine entière et vivaient dans les abris de branchages.

Les difficultés de vivre amenèrent après la guerre de 1914-1918 et jusqu’à ces dernières années un exode vers la ville.

Actuellement, avec l’ère de la voiture, la tendance est inversée et le village compte 266 habitants (333 habitants en 2002).
Des maisons neuves ont été construites et l’habitat en grande partie restauré. Des artisans sont venus s’installer.

L’adduction d’eau a été réalisée vers 1950 et un réseau d’égout installé en 1971-1972.

Hélas, les cafés qui étaient des lieux de rencontre ont disparu. Heureusement, un Foyer rural a été créé qui anime la vie de l’agglomération par ses activités diverses : jeux de quilles, concours divers, excursions, etc. Il prend en charge également l’organisation de la fête patronale qui tombe le premier dimanche de septembre.

Voilà Sexey-les-bois, village du temps passé, où les coutumes gardées maintiennent les liens entre tous. Tourné vers l’avenir, en ayant su garder son âme.

 

Théo Saintot, novembre 1992